Madeleine, la sage Madeleine, riait, elle aussi ! Et elle n’était pas de mon avis ! Est-ce qu’elle ne m’a pas répondu :
— C’est l’usage, Arlette. Tu n’as qu’à te résigner… Tout le monde est décolleté au bal !
— Alors, c’est convenable, parce que c’est l’usage ?… Quelle drôle de raison !
— Tu auras bien moins chaud de cette manière, m’a glissé Charlotte, en manière d’encouragement. D’ailleurs, demande à ton ami Guy… Lui-même te dira que toutes les femmes sont ainsi habillées pour aller au bal.
— Oh ! Charlotte, tu ferais mieux de dire ainsi « déshabillées » !
Malgré les assurances répétées de ma tante et de mes savantes cousines, j’ai questionné Guy le jour même, et il leur a donné raison. Je n’ai plus maintenant qu’à prendre mon parti en brave !
Mon grand ami est arrivé bien à propos hier soir. Sur ma prière, Madeleine était en train de m’apprendre la valse ; mais elle le faisait d’une façon si savante, en m’obligeant à compter tant de pas, que je m’embrouillais tout à fait. Ma patience s’en allait, je commençais à trouver la valse une danse beaucoup trop compliquée pour mes moyens, quand Guy est entré… Cher Guy ! Il m’a vue dépitée et m’a demandé pourquoi. Je me suis écriée avec véhémence que la valse était un véritable casse-tête. Il s’est mis à rire et m’a répondu :
— Venez, vous allez apprendre sans peine. Charlotte, joue-nous quelque chose de bien enlevant. Et vous, petite reine, élancez-vous en suivant la musique.
Je me suis élancée. Et cela a été à merveille. Étais-je sotte de trouver la valse difficile !
24 novembre.