— Est-ce qu’elle ne va pas s’asseoir ?

— Tu vois bien qu’il n’y a plus de place.

C’était vrai. Beaucoup de vieilles dames dans la voiture et quelques messieurs : un lisant, un autre plongé dans ses réflexions, et les deux jeunes gens, toujours absorbés dans leur contemplation qui agaçait Madeleine. Je le voyais au rose plus vif de ses joues et au pli révélateur de ses sourcils. Sans doute ils étaient très fatigués, puisqu’ils n’offraient pas leur place à la pauvre femme chargée de son bébé ! A ce moment même, une secousse manqua de la faire tomber. C’était trop fort ! Je ne réfléchis pas si je suis correcte ou non, je me lève et je crie à la femme :

— Madame, voulez-vous prendre ma place ?

Je n’avais pas fini ma phrase que trois exclamations résonnaient : Madeleine me lançait un rapide :

— Arlette, tu ne peux pas être seule sur la plate-forme. Reste tranquille.

Miss Ashton s’exclamait :

— Oh ! miss Arlette, pas bouger ! Moa aller…

Et les deux beaux jeunes gens, comme un seul homme, s’écriaient :

— Mademoiselle, veuillez accepter ma place…