J’étais tout à fait honteuse d’être la cause de tant de trouble. Heureusement, nous arrivions devant Saint-Philippe du Roule. Madeleine a sauté hors de la maudite écraseuse plutôt qu’elle n’en est descendue. Je l’ai suivie. Je devinais bien à sa figure qu’un sermon se préparait, dans son cerveau, à mon adresse, et je m’apprêtais bravement à le recevoir. J’en ai été tant de fois gratifiée par Mme Morgane qu’un de plus ne pouvait me faire très peur ! Mais elle m’a dit seulement, d’un ton révélateur sur l’état de son esprit :
— Jamais plus, Arlette, je n’irai avec toi en omnibus, puisque tu ne sais pas t’y tenir !
— Je ne sais pas m’y tenir ?
— Non, tu ne sais pas t’y tenir convenablement. Tu t’y donnes en représentation… Tu es cause de disputes.
— Alors, j’aurais dû laisser la femme debout, embarrassée de son enfant ?
— Oui, puisqu’il n’en pouvait être autrement… Une jeune fille ne doit jamais se mettre en évidence !
— Je n’ai pas pensé une seconde que j’allais m’y mettre ! ai-je dit, fâchée d’être grondée à cause des maudites convenances. Sois sans crainte ; maintenant, je n’oublierai pas qu’à Paris il ne faut penser qu’à soi !
Silencieusement, nous avons remonté notre rue. Je ne sais quelles étaient les réflexions de Madeleine, mais les miennes n’étaient pas gaies. Je pensais que ma tante allait me trouver bien mal élevée, regretter de m’avoir à Paris, que Guy serait mécontent et ne voudrait peut-être plus être mon ami, me jugeant une stupide petite créature, bonne à renvoyer dans sa Bretagne… Enfin j’avais la mort dans l’âme, quand je suis entrée dans le salon, escortée par mes deux gardes du corps, pareille à un prisonnier entre deux gendarmes. Ma tante, Guy, Charlotte et Pierre bavardaient au coin du feu. En nous entendant, ils ont tourné la tête, et Guy s’est exclamé :
— Ah ! mon Dieu ! Que vous est-il arrivé ? Vous avez l’air lugubres !
Généreusement, Madeleine s’est tue. Alors, pour ne pas me montrer lâche, j’ai déclaré :