— C’est que j’ai fait une bêtise !
— Laquelle ? Raconte-nous ça ! ont-ils interrogé tous ensemble, avec des mines de gens qui vont s’amuser.
— N’ayez pas l’air aussi enchantés ! Dans deux minutes, vous penserez comme Madeleine, et vous me gronderez.
J’ai entrepris mon récit ; mais, à mesure que je l’avançais, ils riaient de si bon cœur que leur rire m’a gagnée peu à peu. Ils n’étaient pas fâchés contre moi, et, dans la joie d’être délivrée de mes craintes, j’ai demandé à Madeleine, en me jetant à son cou :
— Madeleine, ne sois plus mécontente de moi. Maintenant, je laisserai toujours les femmes debout, même si elles ont des enfants dans les bras… puisqu’il le faut !
Pour toute réponse, elle m’a embrassée de bon cœur, et la paix a été faite.
30 novembre.
Charlotte est mariée !… Charlotte est partie tout à l’heure, avant le dîner !… Et maintenant elle voyage seule avec son mari. Comme il faut qu’elle ait confiance en lui, pour s’en aller ainsi, sans avoir peur, laissant derrière elle tout son monde, et partant le soir encore !… Eh bien, elle n’avait pas l’air effrayée du tout. Au contraire !
Quel dommage que cette journée ait passé plus vite encore que les autres ! La matinée s’est écoulée d’abord avec une rapidité vertigineuse, après une scène attendrissante au petit déjeuner, parce que Charlotte remarquait que c’était son dernier repas de jeune fille. Voyant ma tante très émue, je me suis penchée pour l’embrasser, mais trop vite ; j’ai culbuté ma tasse de chocolat. Cela nous a toutes remises. D’ailleurs, nous n’avions pas le temps de nous livrer aux effusions ; il fallait se dépêcher afin d’être prêtes pour midi. Eh bien, à l’heure dite, Charlotte ne l’était pas. Pierre s’agitait devant la porte fermée, demandant de minute en minute :
— Est-ce que je ne puis pas entrer ?