Et toujours ma tante, impitoyable, répondait : « Non. »

Alors, Pierre reprenait ses allées et venues et ripostait à Guy, qui lui recommandait le calme, avec un drôle de sourire dans sa moustache :

— Je voudrais bien t’y voir ! Je suis certain que tu ne brillerais pas par la patience.

Enfin, cette fameuse porte s’est ouverte ; ma tante a annoncé : « Pierre, votre femme ! » Et, dans le salon plein de monde et de fleurs, Charlotte est entrée, pareille à une apparition dans les blancheurs de son voile, de son satin, de ses dentelles, de ses fleurs d’oranger… Mais je n’ai pu l’admirer bien à mon aise, car Guy est venu me dire :

— Partons, c’est notre tour ; il est temps.

Nous sommes montés dans son coupé, que j’aurais reconnu à la petite odeur très fine de cigare qui y flottait et se mêlait au parfum délicieux de mon bouquet, — celui qu’il m’a donné. Je le trouvais tellement joli, ce bouquet, que je n’ai pu y tenir et je l’ai embrassé à pleines lèvres, en faisant semblant de le sentir. Mais Guy remarque tout, et il m’a dit, souriant, sans se moquer de moi :

— Pourquoi embrassez-vous vos fleurs ?

— Pour les remercier d’être aussi belles ! Je voudrais plonger toute ma figure au milieu d’elles, comme je me glissais, moi, tout entière, dans les corbeilles d’héliotropes du pauvre capitaine, quand j’étais très petite fille. C’était un tel plaisir pour moi, que j’ai cessé de me le donner seulement quand j’ai compris qu’ainsi je faisais mal à mes chères fleurs !

— Ce qui est tout à fait digne de vous, petite reine. Descendons vite, nous sommes à destination !

Beaucoup de membres de la famille étaient déjà là, et aussi des officiers, amis de Pierre.