Je répète la phrase de Mme de Charmoy. Ah ! jamais je ne serai capable d’en faire de semblables ! non, jamais !…

Le père de M. Chambert est médecin ; mais il n’exerce plus, parce qu’il s’occupe surtout de travaux scientifiques. Il cherche des microbes quelconques avec M. Pasteur, dont il est l’ami. Il est de l’Académie de médecine et de je ne sais combien de sociétés célèbres par leurs découvertes physiologiques…, etc. Il est décoré de plusieurs ordres.

Enfin, c’est tout à fait un savant, « une des lumières de notre temps », a dit encore Mme de Charmoy, qui a un faible pour les phrases toutes faites, les « omnibus de la conversation », comme les a appelées je ne sais quel écrivain.

Si ce respectable M. Chambert est aussi célèbre, il peut être sans inquiétude ; il aura un bel enterrement, avec beaucoup de discours, et l’on parlera de lui au moins pendant deux jours après cette imposante cérémonie.

Ce bon monsieur, qui est veuf, a trois fils. — Quelle généalogie ! — L’aîné, M. Raoul, est médecin comme son père, et un médecin très à la mode. On ne le trouve jamais chez lui — parce qu’il a beaucoup de malades à visiter, naturellement ! — Il est marié avec une femme charmante, pas jolie, mais très spirituelle, et qui sait fort bien s’habiller.

Le second fils, notre M. Chambert, est plongé dans les lettres, la philosophie, etc., etc. A côté de graves articles dans la Revue des Deux Mondes, il écrit aussi des romans… « mais qui ne sont pas pour les jeunes filles », a murmuré Mme de Charmoy à maman avec un sourire de mystère… C’est étonnant, il paraît si tranquille et si sérieux !… Enfin, c’est un homme occupé. Tant mieux pour sa femme future !

Quant au troisième fils, M. Maurice, sorti de Saint-Cyr, il y a quelques années, il est maintenant aide de camp d’un général à Orléans. Mme de Charmoy pense qu’il deviendra capitaine, colonel, général, de très bonne heure… Je ne sais pourquoi, en l’entendant parler d’un ton si pénétré de ce M. Maurice et de ses mérites, j’ai eu tout de suite l’idée qu’elle aimerait bien le donner à Louise, qui admire beaucoup les uniformes.

Pour notre M. Chambert (je n’ai pas entendu son petit nom), on le dit immariable. Il est si difficile que les plus intrépides ont renoncé à le mettre en ménage. Ne se prétend-il pas beaucoup plus heureux tel qu’il est maintenant ?…

Quel homme malhonnête !…

Et au cours, il nous regarde comme des petites filles !… Je ne l’aime pas du tout, ce dédaigneux professeur !