… Les hommes qui ont les yeux de ce bleu foncé, presque noir, sont vraiment très rares. A peine en ai-je rencontré deux ou trois, en revenant à pied avec miss Emely…
Il faudra que je demande à Jeanne si elle en connaît.
5 décembre.
C’était le jour de maman.
La baronne de Charmoy est venue avec Louise et Claire.
J’avais commencé par me mettre en frais d’imagination pour distraire mes amies ; mais je me suis vite aperçue — chose peu flatteuse pour ma conversation — qu’elles aimaient bien mieux écouter ce qui se racontait autour de nous.
Je n’en ai pas été fâchée ; moi aussi je désirais écouter, car on parlait de notre cours de lundi.
Maman interrogeait Mme de Charmoy sur la manière dont il s’était passé : je ne lui avais presque rien raconté. Je ne pouvais pas lui dire tout de suite combien j’étais enchantée de ces conférences après avoir tant gémi pour y aller.
En général, je trouve « cette bonne baronne », comme l’appelle papa, froide, compassée, agaçante !… oh ! mais agaçante !!!… Chose extraordinaire, hier, elle ne m’a presque pas semblé ennuyeuse.
Elle a raconté à maman qu’elle connaissait très bien notre professeur, M. Chambert. « Il appartient à une famille riche et d’une rare honorabilité ; une de ces familles à l’antique, comme on en voit encore quelquefois dans le cœur de nos provinces, et qui semblent égarées dans le tourbillon parisien. »