— N’est-ce pas qu’il paraît très bien ?
Je leur ai répondu que j’étais dans le doute.
Il m’a semblé grand, mince, avec des cheveux châtains ; mais je n’ai vraiment vu que ses yeux… Des yeux vifs et sérieux, intelligents, qui ont l’air de lire dans votre pensée d’une façon toute naturelle, sans hardiesse, et qui deviennent tout brillants dès qu’il parle !
Il nous a adressé un petit speech de bienvenue fort joliment tourné, très respectueux aussi, ce qui nous a bien disposées en sa faveur. Puis, il nous a annoncé son intention de prendre pour objet de ses conférences les principaux écrivains contemporains ; d’analyser quelques-unes de leurs œuvres, afin que nous puissions à l’occasion en parler en connaissance de cause.
Il est entré tout de suite dans son sujet d’une belle voix, chaude, vibrante, qui ne permet pas à l’attention d’aller vagabonder de droite et de gauche.
C’est étonnant comme le temps a passé vite ! J’ai été très fâchée quand j’ai entendu sonner quatre heures…
Pour commencer, comme il faut bien un peu remonter en arrière, nous aurons l’inévitable trinité : Lamartine, Victor Hugo et Musset.
J’ai tant entendu de leçons sur le compte des deux premiers, que je les aurais volontiers vu passer sous silence.
Mais je suis bien contente d’entrer un peu en relations avec Alfred de Musset… Papa, auquel je demandais un jour de me parler de ses poésies, m’a répondu qu’un sage critique avait appelé Musset « le poète qu’on lit le soir, quand les enfants sont couchés », et par conséquent…
Eh bien ! mon cher papa, vous voyez !!! Je ne suis plus une enfant ni même une petite fille, et moi aussi je vais connaître Musset !