Je ne peux m’empêcher de songer à Germaine et à Mme Divoir. A Germaine, si radieuse avant-hier ; à Mme Divoir, sans doute aussi bien contente, il y a dix ou quinze ans, quand elle quittait l’église au bras de son mari, et qui, aujourd’hui, est veuve et consolée.

Consolée ! Il me semble maintenant que, au fond, c’est peut-être encore là le plus triste de toute son histoire…

Quand j’étais petite, je me figurais que les personnes mariées étaient toujours très heureuses. Aujourd’hui, je commence à m’apercevoir que le contraire arrive encore assez souvent…

Mais pourquoi ? Pourquoi ?

Je ne peux pas demander là-dessus des explications à maman. Elle me dirait encore : « Tu es trop jeune ! » Et puis les demoiselles bien élevées ne doivent pas parler de ces questions qui… que… enfin ! C’est chose convenue, et même assez drôle ! puisque les demoiselles bien élevées se marient comme les autres !…

Donc je ne parle pas, mais je cherche, je réfléchis… Et je voudrais bien, plus tard, être comme maman.

Elle fait tout ce qu’elle veut ; jamais papa ne lui dit rien. Mais quand il prépare des discours, elle nous fait taire à table pour ne pas le distraire…, ce qui me semble même très ennuyeux ! Aussi je n’aimerais pas à avoir un mari député !

Il faudra pourtant bien que le mien s’occupe, car il n’y a rien de si honteux qu’un homme oisif ; et qu’il s’occupe sérieusement…; comme M. Chambert, par exemple.

Je ne me contenterais pas du tout de le voir dresser des chevaux ainsi qu’un écuyer de cirque, ou courir les salons à l’heure des five o’clock… ou aller au Cercle. D’autant plus que, paraît-il, les Cercles ne sont qu’un prétexte dont profitent messieurs les maris pour aller… Je n’ai pas compris où.

C’est Louise de Charmoy qui m’a fait mystérieusement cette déclaration un soir que nous causions sur la terrasse de la Christinière. J’allais lui demander des explications, mais elle a répondu à mes yeux étonnés par des signes désespérés pour que je me taise : sa mère venait de notre côté. Alors je n’ai pas su !…