A Paris, il est au Cercle.
Pourtant, tous les vendredis, il s’ennuie consciencieusement en famille et au milieu des invités de sa femme ; une manière comme une autre de faire maigre !…
Il n’y a pas à s’illusionner, vendredi, nous ferons comme lui. Si seulement les Chambert pouvaient venir !
Oh ! c’est que je les connais, les soirées de Mme de Charmoy !
Dans le salon, riche, correct et banal, les messieurs sont bien tranquilles, trop tranquilles : ils jouent au whist.
Parfois, une voix s’élève :
— Vous venez de faire un mauvais coup… Vous avez joué carreau… C’est le roi que vous auriez dû abattre…
Et puis, ils rentrent dans le silence ; et, de nouveau, l’on dirait des automates perfectionnés qui se meuvent paisiblement dans la lumière rose des abat-jour.
Les dames sont assises autour de la table, travaillant, — ou tenant leur ouvrage, — en général, à de grandes tapisseries moyen âge aux couleurs passées, ou bien à des nappes d’autel destinées à une église de village.
Elles causent, comme elles travaillent, sans paraître s’intéresser beaucoup à ce qu’elles font. Elles parlent avec la même indifférence paisible et souriante : de toilettes, de littérature, d’art, de sermons, de politique. Et les propos s’échangent, toujours sur la même note endormante, douce comme une demi-teinte, qui vous donne l’envie de dire une grosse hérésie afin d’obliger tout ce monde nonchalant à s’indigner un peu.