Tout à coup, une dame demande, avec un sourire qui révèle indiscrètement combien cela lui est égal, « si l’une de ces demoiselles serait assez aimable pour faire un peu de musique »…

Louise et Claire, en jeunes filles bien élevées, vont s’asseoir au piano et jouent, avec conscience, une ouverture quelconque.

Un soir où je dînais chez Mme de Charmoy, elles ont entrepris celle de Poète et Paysan, qui a marché assez mal, car Louise, sans que l’on puisse savoir pour quoi, a été prise soudain d’une émotion terrible…

Elle avait bien tort de se troubler ; personne n’écoutait… C’est seulement quand le piano s’est tu que tous les invités, n’entendant plus de bruit, se sont aperçus qu’on venait de leur jouer le morceau demandé.

Ils ont alors dit de confiance : « Très bien !… Charmant !! Vraiment, elles font des progrès extraordinaires ! Une mesure !… Une sûreté de toucher !… » etc.

Mme de Charmoy rayonnait ; son mari avait l’air moqueur ; Claire et Louise, qui ne sont pas trop sottes, ne savaient que penser…

Un des joueurs s’est écrié tout à coup :

— Il y avait un bien joli passage… la, la la… Par malheur, il se trouvait que ces la… la… la appartenaient à la Mascotte et non à l’ouverture de Poète et Paysan.

Un demi-sourire discret a passé sur quelques lèvres ; mais personne ne s’est autrement ému de l’enthousiasme de ce connaisseur.

On m’a demandé de chanter, ce qui m’a réveillée et eux aussi ; mais pour un instant !…