Je n’avais pas fini depuis cinq minutes, que l’engourdissement général revenait à son niveau, la conversation reprenait son « train de sénateur ». Et elle a continué à se traîner ainsi piteusement, entrecoupée par des silences pendant lesquels chacun cherchait — ou ne cherchait pas — ce qu’il pourrait bien dire.
Et pourtant, ces dames qui causaient ainsi sont des femmes passant pour intelligentes ; qui lisent, qui reçoivent, qui suivent des cours avec leurs filles. Ah ! pauvres nous !…
Heureusement, vendredi maman sera là ! et elle a le génie de la conversation. Avec elle, je ne sais comment le miracle se fait, tout le monde a de l’esprit. Aussi ses mardis sont-ils très courus. Et c’est une bonne note d’y être reçu !…
Je ne comprends pas pourquoi M. Chambert n’y vient pas… Quoique maman ne me l’ait pas dit, je vois bien qu’il lui plaît…
Il va chez Mme de Charmoy, chez Mme de Simiane… Et avec nous, il se montre d’une réserve !… Quand je serais si heureuse de lui faire les honneurs de notre « home » !
S’il pouvait donc être vendredi chez les de Charmoy !
28 février.
Il y était ! Et maman savait que nous devions l’y rencontrer, et elle ne m’en avait pas parlé !…
Aussi, j’ai passé une soirée délicieuse.
Tous les Chambert, excepté l’aide de camp, étaient présents, M. Raoul et sa femme, notre M. Chambert et le vieux père savant.