Agnès sauta hors de la voiture, mais elle n’avait pas traversé le trottoir que sa mère la rappelait :

— Reviens, Agnès… Je me trompais… La clef est là dans ma sacoche. Viens vite… ou plutôt non…, va presser ton père. C’est incroyable la mauvaise volonté qu’il met à se dépêcher !… Et Dieu sait pourtant que c’est bien à cause de lui que nous nous mettons en route aujourd’hui ! Si sa maudite conférence n’avait pas lieu demain, j’aurais attendu, pour aller à Paris, l’exposition annoncée au Louvre pour lundi prochain… C’eût été beaucoup mieux… Mais les hommes sont égoïstes jusqu’aux moelles !

Depuis longtemps, Agnès était dans la maison, et la commandante monologuait ainsi affairée, très rouge, tirant sa montre à toute minute, irritée de ne pas voir reparaître la jeune fille. Tout juste, elle se calma le temps de répondre au salut de M. le vicaire général qui passait, lui demandant :

— Vous partez, madame ? Vous ne nous quittez pas pour longtemps, j’espère ?

— Non, pour quelques jours seulement, monsieur l’abbé. Et ce m’est, je vous assure, un rude sacrifice de quitter ma maison si bien installée pour aller camper dans un hôtel. Mais mon mari était très désireux de se rendre à Paris cette semaine, et…

— Et vous lui faites le sacrifice de vos goûts personnels, en vraie femme de devoir. J’espère, madame, que vous serez récompensée de votre dévouement. Je vous présente tous mes respects, et vous souhaite un bon voyage.

Et M. le vicaire général, après un profond salut, reprit son chemin dans la grande rue calme où il était, en cet instant, le seul passant. Aussitôt la commandante se retrouva dans son état d’ébullition ; et, penchée désespérément à la portière, elle appelait à pleine voix : « Agnès ! Agnès ! » quand la jeune fille reparut toute rose d’avoir couru à la recherche de son père, qui était allé jusqu’aux écuries jeter le dernier regard du maître. Elle fut, d’ailleurs, assez mal reçue :

— Eh bien, Agnès, toi non plus tu ne reviens pas ? Vous vous moquez du monde, ton père et toi ! Qu’est-ce que tu as fait ? Tu savais bien que je t’attendais.

— Je cherchais père… Le voici.

— Oui, me voici ! Voyons, Sophie, un peu de calme, que diable ! Nous avons encore près de vingt-cinq minutes devant nous, et nous sommes à deux pas de la gare. Regarde toi-même l’heure.