Il y avait les habitués de l’église, souvent un peu… mûrs, avec des calottes de velours et de gros livres sous le bras, qui allaient tout droit à leurs chaises. Et puis les indifférents amenés par leur femme ou par leur mère, mêlés aux croyants, ceux-là très sérieux. Et puis les curieux, qui venaient là… pour voir !… Les mondains renseignés — comme l’avoue Georges Landry — sur les jolies femmes que l’on peut rencontrer à cette messe… Les parvenus, auxquels on a dit qu’en temps de République, il est bien porté de montrer des opinions religieuses…
Et tous se pressaient pour entrer dans la nef, s’écartant, je l’ai bien remarqué, quand une jeune femme élégante ou une très vieille dame voulait passer ; — les « purs » offrant même leur chaise… — et restant impassibles quand la dame était laide ou sur le retour…
Tous pareils, les hommes ! Je suis très contente d’être jolie ; c’est beaucoup plus commode !
Mais dans toute cette abondance de messieurs, je ne voyais pas M. Michel. Aussi, je n’ai rien compris au sermon !
Comme la messe avançait, et que j’étais de plus en plus désappointée, je tourne un peu la tête, et je l’aperçois… enfin ! à demi caché par le pilier. Je me penche bien vite sur mon livre ; j’étais certaine qu’il m’avait vue ! J’ai tâché alors de lire attentivement ma messe… Mais je ne pouvais pas ! J’étais trop contente de le savoir dans mon église, à quelques pas de moi !… Et je songeais toujours à ce pauvre du premier janvier, qui s’appelait « Michel » comme lui…
Je regardais le chœur tout illuminé. J’écoutais l’Ave Maria chanté par une voix d’enfant fraîche, cristalline. Je pensais que, dans cette même église, je me marierais peut-être bientôt… Et, tout à coup, il m’a semblé que si, ce jour-là, je me voyais, toute blanche sous mon voile, agenouillée auprès de lui, M. Michel, je n’aurais plus rien à désirer en ce monde…
Oh ! être aimée par lui !…
Mais l’orgue et la voix se sont tus, et mon rêve a disparu… Il était trop beau !…
Je craignais que nous ne le rencontrions pas, tant il y avait de monde à la sortie !
Alors, sans rien dire à papa, je me suis glissée dans la foule. Il a été obligé de se dépêcher pour me rejoindre. Puis, quand j’ai été bien sûre de ne pas manquer M. Michel, j’ai regardé d’un autre côté, et je me suis retournée seulement lorsque papa, qui n’y avait vu que du feu, m’a appelée :