Le jeune homme n’en avait nullement paru étonné, et son visage s’éclaira d’un nouveau sourire.
— Je comprends alors, mademoiselle, que vous ne puissiez partager les sentiments de nous autres, qui sommes tous plus ou moins blasés.
— Blasés ! Parlez pour vous, jeune homme, interrompit le commandant d’un ton de bonne humeur ; pour mon compte, je ne le suis pas du tout. Croyez-moi, mon ami, je suis un vieux grognard bien moins sceptique que le premier gamin de dix-huit ans, tout frais échappé du collège… Et j’en suis transporté d’aise ! Vous allez vous moquer de moi… Eh bien, ça m’est égal… Écoutez ceci… Je m’en vais à Paris pour entendre un garçon, dont les idées m’intéressent, parler en faveur d’une bonne œuvre… Rien que pour cela… Vous m’entendez ?
— Je vous entends et je vous comprends très bien, commandant. Qui allez-vous écouter ?
— André Morère… Vous savez, l’écrivain, le critique dramatique.
— Oui, je le connais. C’est, en effet, un merveilleux conférencier… et un homme de grande valeur dont on pourrait dire… bien des choses…
Le docteur Paul avait un ton un peu singulier en prononçant ces derniers mots, mais le commandant n’eut pas la possibilité de le questionner, car Mme Vésale se rapprochait fulminante :
— Charles, le train est en gare ; à quoi penses-tu de causer ainsi ? Et l’on accuse les femmes d’être bavardes ! O sainte Patience ! Docteur, adieu. Monsieur Paul, à bientôt. Vite, Agnès !
Cette fois, il n’y a pas à tergiverser, la commandante était dans le vrai, et les employés annonçaient :
— En voiture pour Paris ! En voiture !