— Oh ! comme tu dis cela ! On voit bien que tu n’es pas intéressée dans la question !
— Mais, chérie, réfléchis un peu… Il est marquis ; il est très riche ; il est joli garçon…
— Oh ! non !
— Il est un peu bête, c’est vrai…
— Oh ! oui ! oh ! oui !! Très bête, même !
— Non, pas plus que la plupart des jeunes gens que nous rencontrons dans le monde, a continué Jeanne sans se troubler. Tu sais, les intelligences supérieures, on ne les trouve pas à la douzaine comme les petits pâtés !
— C’est pour cela, Jeanne, que je désirerais tant avoir M. Chambert !
— Tu l’auras, ne te tourmente pas… Tu livreras une petite bataille pour l’obtenir, parce que dans les mariages, vois-tu, c’est comme dans les pralines : il y a l’amande et le sucre ! Et les parents pensent tout de suite à l’amande, autrement dit, au côté sérieux de la question, pendant que nous ne songeons qu’à croquer le sucre…
Quelle sagesse a cette Jeanne, presque autant que feu le roi Salomon !… Je l’écoutais très satisfaite ; elle a repris son petit discours :
— Ton M. Chambert est pourvu d’un vieux père très célèbre ; d’un frère en passe de le devenir ; d’une fortune qui lui permettra de t’offrir au moins, pour le commencement, ton coupé ; il écrit des romans qui passionnent nos familles. Alors, tu peux être tranquille, M. de Rouvres en sera pour ses soupirs… et tu auras ta praline !