Je suis donc allée avec papa, qui, par extraordinaire, abandonnait la Chambre. Il fallait vraiment que les dernières séances eussent tout à fait épuisé son fonds de patience, qui est grand pourtant !…

… Nous avions traversé presque toutes les salles, papa examinant les tableaux ; moi, les regardant à peu près autant que les visiteurs, qui, pourtant, étaient très amusants à voir ! mais je commence à oublier moins souvent ma résolution de devenir une femme raisonnable.

Nous avions rencontré M. de Rouvres qui avait fort envie de nous accompagner. Maman l’y aurait autorisé… Papa n’en a même pas eu l’idée, et j’ai eu bien soin de ne pas comprendre ses allusions.

Il était quatre heures et demie. Nous commencions à être fatigués. Papa, plein d’attentions pour moi, — comme pour une dame, — m’offre de passer au buffet.

Nous arrivons, un monde fou ! Pas une table !

Papa voulait s’en aller, mais j’avais une soif d’Arabe au milieu d’un désert et je m’écrie :

— Qu’importe qu’il n’y ait pas de place ! Demandez une glace, papa, je la prendrai debout.

Je ne sais si j’avais parlé un peu haut ; mais, à ce moment, deux messieurs qui s’installaient à quelques pas de nous se retournent ; l’un était le jeune député de la Vendée, ami de papa, M. de Ternau, et l’autre, lui ! M. Michel !

Je me demande encore comment j’ai fait pour conserver mon apparence correcte et indifférente, en le reconnaissant…

Il salue.