— Laissons-les seuls !
Et ils sont sortis sans que j’aie pensé à faire un mouvement pour les retenir…
Le bruit de la porte qui se fermait m’a réveillée. Nous étions restés près de la fenêtre, à côté des grands vases pleins de lilas rosé,… lui me regardant sans me parler, comme s’il craignait de m’effrayer… Mais ses yeux avaient une telle expression de tendresse que, tout à coup, il m’a semblé qu’un grand souffle de joie passait sur moi, m’enveloppant tout entière… Mon cœur s’est mis à battre si fort qu’il me faisait mal, et c’était un mal délicieux…
Je n’avais plus peur ; j’ai osé parler.
— Je craignais tant d’apprendre que vous ne vouliez pas de moi !
— Que je ne veuille pas de vous !… ô mon enfant chérie !…
Il avait dit ces mots presque bas, avec un accent que je ne lui avais jamais entendu, tout à la fois si vibrant et si doux que les larmes me sont montées aux yeux, et ont commencé à tomber comme une pluie d’orage.
J’étais un peu fâchée de pleurer, car je pensais, que je devais être laide ainsi !… Je voulais prendre, au moins, mon mouchoir pour me cacher, et je me suis aperçue alors qu’il tenait mes deux mains dans les siennes… Je les ai bien vite dégagées.
Il me demandait d’une voix suppliante ce que j’avais ; mais je ne pouvais pas lui répondre… Enfin, j’ai fini par murmurer :
— Je suis trop contente !… N’ayez pas l’air si bon, c’est ce qui me fait pleurer !…