— Oh ! sans malice… Enfin !… Elle est vraiment séduisante !

Et la face-à-main de la jeune femme s’arrêta sur Mme de Villerson qui causait à quelques pas, immobilisée un instant par des amis.

— C’est, en effet, l’avis de tout le monde et, en particulier, de tous les hommes qui l’approchent ; à commencer par notre ami Morère, qui est au nombre de ses intimes ; et un favori parmi les intimes !

Elle donna au dernier mot un accent qui alluma un éclair subit dans les yeux de son amie.

— Ah ! vraiment !… Est-ce que…?

Mais elle s’interrompit, et toutes deux éclatèrent d’un petit rire gourmand de scandale.

— Oh ! ma chère amie, vous comprenez que, sur ce chapitre, il faudrait être le diable lui-même pour affirmer quelque chose… Et encore !… Dame ! elle est assez intelligente, et artiste, et originale, et par-dessus tout féminine, pour emballer un raffiné comme Morère… Les gens bien informés prétendent qu’elle ressemble d’assez près à l’héroïne de sa dernière pièce du Vaudeville, mais…

Elle ne poursuivit pas. L’objet de leurs appréciations passait justement de son allure souveraine pour gagner les places réservées au premier rang, où venait de s’asseoir une grande vieille dame en cheveux blancs, sous une mantille de dentelle, que quelqu’un nomma auprès du commandant :

— C’est la marquise de Bitray.

Sans doute, le conférencier attendait son arrivée pour commencer. Dès qu’elle fut installée, la portière, qui fermait l’entrée de l’estrade, fut soulevée, et André Morère parut. Des applaudissements, aussitôt, éclatèrent dans la salle maintenant comble. Il s’inclina légèrement et parcourut du regard son très élégant auditoire où le murmure des conversations s’était fondu dans un silence attentif. Le commandant mit son lorgnon et s’installa confortablement dans son fauteuil. Mme Vésale murmura :