— Il y a, monsieur, différentes questions dont j’aimerais à vous entretenir… Serais-je très indiscret en vous demandant s’il y a un jour où je pourrais vous rencontrer sans vous déranger ?

Courtoisement, André Morère répliqua :

— Mais, commandant, c’est moi qui irai vous…

— Non, non, du tout… A l’hôtel, nous ne pourrions causer tranquillement.

— Alors, commandant, je suis à vos ordres pour le jour que vous préférez.

Et Morère donna sa carte au commandant, qui, après une courte délibération avec le jeune homme, y inscrivit la date et l’heure choisies pour le bienheureux rendez-vous. Alors seulement, il s’avisa qu’il y avait longtemps qu’il retenait André Morère et se décida à lui permettre d’aller présenter ses hommages à la marquise de Bitray, qui, d’ailleurs, le faisait discrètement demander.

III

Si le commandant avait été ravi, à peu de frais, de sa conversation avec André Morère chez la marquise de Bitray, il le fut bien davantage encore de la visite qu’il fit le lendemain au jeune homme. Poursuivant une idée germée soudainement dans son cerveau à la suite de la conférence, il était allé lui demander de vouloir bien venir à Beaumont, — dont il était une des autorités, — afin d’y répandre davantage encore la bonne parole. Certes, ses concitoyens la connaissaient ; mais en fin de compte, ils ne pourraient jamais que gagner à l’entendre hautement commenter par un orateur tel qu’André Morère.

Et le jeune homme n’avait pas repoussé la proposition, tout en faisant certaines réserves. Il avait écouté, avec une bonne grâce parfaite, les appréciations de son interlocuteur sur la nouvelle génération, sur les progrès de l’anarchie, conséquence fatale de la déplorable éducation donnée à la jeunesse des classes pauvres ; sur l’action démoralisatrice exercée par les écrivains dans les hautes classes…

D’où nécessité de réagir…, etc., etc.