— Mme Morère m’a demandé, Agnès, si j’avais des enfants. Je lui ai dit que j’étais père d’une jeune personne pas trop mal tournée, ma foi !

Et doucement, il caressa la joue d’Agnès.

— Alors, elle m’a bien vite témoigné le désir de connaître cette jeune fille accomplie…

— Oh ! père…

— Eh bien, mademoiselle, ne trouvez-vous pas que vous méritez d’être appelée une jeune fille accomplie ? Je le regrette de tout mon vieux cœur alors… Enfin, tant pis, j’ai promis à Mme Morère de te présenter à elle… Nous irons tous les deux la voir, Agnès, si ta mère tient à demeurer la proie des magasins… D’ailleurs, il faut que je m’entende avec son fils pour savoir à quelle époque il pense pouvoir venir à Beaumont. Ça va-t-il, Agnès ? Un sourire aux lèvres, elle dit gaiement :

— Cela va, père.

Une ondée de sang avait rosé sa peau délicate. Elle rougissait ainsi à la moindre impression, mais elle eût, pour le moment, été bien en peine de dire pourquoi cette flamme lui était montée au visage ; peut-être parce qu’elle éprouvait un plaisir inconscient à l’idée de connaître la maison de celui dont la parole était vivante encore dans son souvenir…

Le commandant continuait :

— J’ai encore une autre proposition à te faire, petite Agnès… Tout à l’heure, comme je rentrais à l’hôtel, je me suis trouvé devant l’Opéra, et l’idée m’est venue que, peut-être, ma fillette ne serait pas fâchée d’y passer sa soirée… Hein, Agnès, qu’en dis-tu ?

— Je dis, père, que tu as eu une pensée délicieuse. Mais maman ?…