— Eh, bien…, quoi, ta mère ?… Elle ne peut pas trouver mauvais que tu ailles écouter de la musique. Que diable, tu es sortie du couvent, et je t’assure, ma petite fille, que tu peux sans scrupule aller au spectacle…

— Qui parle de spectacle ? fit la commandante qui rentrait, vérifiant les notes qu’elle venait de recevoir.

— Moi !… Je vous offre à toutes les deux une soirée à l’Opéra.

— Charles ! tu ne penses pas à conduire Agnès au théâtre ?

— Eh ! pourquoi pas ?

— Mais parce que ce n’est pas un lieu convenable pour une jeune fille !

Le commandant se prit à mordiller sa moustache, signe de grande impatience chez lui.

— Ah çà, Sophie, tu déraisonnes… Si tu trouves qu’une fille de dix-huit ans, bonne à marier, ne peut pas aller entendre un opéra sous peine d’être compromise, il n’y a qu’à la reconduire au couvent pour l’en sortir juste le jour de ses noces ! Ta mère, ma chère amie, n’était pas d’humeur aussi farouche, et tu pourrais te souvenir que notre première entrevue a eu lieu, jadis, au Théâtre-Italien…

La commandante ne s’attendait pas à cet argument direct. Elle ne répondit pas, ayant deviné, d’ailleurs, à l’accent de son mari, qu’il serait habile à elle de ne pas entrer en discussion avec lui ce jour-là, si elle voulait s’éviter une défaite… Et, au bout de quelques secondes, elle reprit :

— Alors tu tiens à donner à Agnès le goût du théâtre ? Soit ! Que joue-t-on ce soir ?