A la suite du commandant qui avait pris Agnès à son bras, il entra donc dans le foyer, envahi par une foule dans laquelle dominait l’élément masculin. Les seules femmes y avaient des allures de petites bourgeoises ou de provinciales en droite ligne arrivées de leur province… Aucune capable d’attirer l’attention d’un raffiné comme André Morère… Agnès seule l’intéressait ; et la voyant demeurer silencieuse, intimidée par les regards qui l’examinaient au passage, il interrogea, au hasard, pour l’obliger à sortir d’elle-même :

— Êtes-vous, mademoiselle, contente de la représentation de ce soir ?

— Ah ! cher monsieur Morère, comment ne le serait-elle pas ? riposta tout de suite le commandant. Ce n’est pas une blasée que ma petite Agnès ! Pour la première fois, elle va à l’Opéra !

— Vraiment ?… Je vous en félicite, mademoiselle, puisque vous avez ainsi le plaisir de goûter une impression neuve, régal que beaucoup vous envieraient… Est-il permis, sans trop de curiosité, de vous demander comment vous jugez ce genre de distraction ?

— Je pense que je n’avais jamais rien imaginé de semblable et que je sortirai de l’Opéra avec un grand désir d’y revenir…

— Ainsi, vous vous intéressez beaucoup aux aventures du pauvre Roméo et de la malheureuse Juliette ?

Elle inclina la tête, les lèvres entr’ouvertes par son sourire sérieux.

— Oui, beaucoup… Je crois qu’ils vont être bien durement punis…

— Punis ?… De quoi ?…

— Mais de s’être fiancés, puis mariés, contre la volonté de leurs familles !