— En effet, vous avez raison… Ils étaient de parfaits révoltés… Et cependant, bien que, au point de vue où vous vous placez, ils aient mérité leur malheur, vous leur faites l’aumône de votre compassion ?
— Je les plains parce qu’ils souffrent… Et puis, je crois que leur devoir devait être bien douloureux à remplir !
Pour la mieux connaître, il continua, trouvant piquante cette conversation un peu austère dans le foyer de l’Opéra, non accoutumé à en entendre de pareilles.
— Alors, vous pensez, mademoiselle, que quand le devoir se présente cruel à accomplir, l’homme est excusable de le jeter de côté et de passer outre pour aller là où son cœur le pousse ?
— Oh ! je ne pense pas cela ! protesta-t-elle vivement. Je n’excuse ni Roméo ni Juliette, mais leur situation était si difficile !… Ils en étaient tellement innocents !… Et puis…
— Et puis ?
D’un indéfinissable ton, la voix soudain assourdie et plus lente, elle finit :
— Et puis, ils s’aimaient tant !
— Ah ! ah ! la belle raison, ma fillette ! s’exclama le commandant, qui écoutait la conversation, ravi de voir sa petite Agnès causer avec un homme comme André Morère… Alors, tu trouves comme Pascal que « le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas » ?
Le jeune visage s’empourpra. Mais pourtant, rencontrant une interrogation dans les yeux d’André Morère, elle expliqua d’un ton d’excuse :