— Madame sera furieuse !
Vertement Mme Vésale répliqua :
— Eh bien, tant pis !… Avec elle, on a toujours à craindre des mots malsonnants à tous égards, et elle a une conversation si libre, croyant de la sorte montrer son esprit, que je crains toujours ses paroles devant Agnès !
Le commandant ne discuta pas. Il était assez rigoriste par nature et ne prisait pas l’indépendance d’esprit et de langage de Mme Salbrice. Aussi laissa-t-il sa femme accomplir en paix la petite vengeance qu’elle exerçait contre la très curieuse Mme Salbrice. Il demanda seulement, presque de son accent habituel, tant il lui était impossible de rester longtemps courroucé :
— Où est Agnès ?
— Tu ne veux pas l’emmener promener les chiens avec toi ? j’imagine. J’ai besoin d’elle absolument pour m’aider dans les préparatifs de la réception de M. Morère. En ce moment, je l’ai envoyée s’assurer qu’Augustine choisissait bien les œufs les plus frais pour le gâteau qu’elle fait pour le dîner.
Puisqu’il s’agissait de bien recevoir André Morère, le commandant n’avait pas à protester ; il tourna sur ses talons sans un mot de plus, tourmentant sa moustache, victime habituelle de ses mécontentements, et s’en alla chercher les chiens dont Mme Vésale entendit presque aussitôt les aboiements sonores.
Un léger sourire de contentement flottait sur les lèvres de la commandante qui se félicitait d’avoir aussi bien manœuvré, cette fois encore, avec son seigneur et maître. A travers les rideaux, elle le vit s’arrêter devant l’office ; et, dans le cadre de la fenêtre, se montra aussitôt la blanche figure d’Agnès. Même, la jeune fille sortit pour aller l’embrasser ; et elle était si souriante, dans sa fraîcheur d’aurore, que sa mère en fut frappée. De plus en plus satisfaite, elle murmura entre ses dents :
— Agnès a décidément embelli d’une façon étonnante, ce printemps. Je comprends que le docteur Paul…
Elle acheva mentalement sa phrase, dont la conclusion paraissait lui être fort agréable, et s’en alla inspecter la chambre de son hôte.