Depuis un moment déjà, le docteur Paul était là, et la conversation, — comme de juste ! — s’était portée sur André Morère, qui allait venir, trois jours plus tard, prononcer enfin la conférence tant attendue.

— Il ne vous est pas sympathique, n’est-ce pas ?

— Mais qui peut vous faire supposer pareille chose, madame ? répliqua le docteur, les sourcils légèrement froncés.

— Oh ! ce n’est pas bien difficile à découvrir, et je n’ai pas eu à faire une grande dépense d’imagination pour arriver à cette conclusion ! Depuis un moment, nous parlons de lui, et, vrai ! vous ne paraissez pas éprouver à son égard des sentiments bien chauds ! N’es-tu pas de mon avis, Agnès ?

Les deux petites mains qui tordaient distraitement les rubans de la ceinture eurent un léger frémissement, tandis qu’Agnès répondait :

— Non, je ne sais trop ce qui te fait supposer cela…

Le docteur Paul la regarda. Mais il ne rencontra pas ses yeux arrêtés au dehors sur les lointaines perspectives du jardin. Et il reprit :

— Je vous assure, madame, que je rends pleine justice à M. Morère. Je le tiens pour un homme de très grande intelligence ; je reconnais qu’il a l’esprit très délicat, très pénétrant, subtil et volontiers paradoxal, qu’il est un remarquable écrivain et un conférencier de non moins de talent…

— Mais !… fit Cécile, voyant qu’il s’arrêtait.

— Mais je trouve qu’il devrait s’en tenir là et ne point imaginer de se présenter comme un apôtre de la régénération morale, prêcher la vie intérieure, ses beautés, ses bienfaits, etc., quand il n’a vraiment pas qualité pour le faire ; moins encore, peut-être, que bien d’autres !