— Pourquoi ? Est-ce que cet homme sage le serait moins en actions qu’en paroles ?
Une curiosité luisait dans les yeux de Cécile.
Le docteur resta impassible.
— Je l’ignore, madame. Je ne connais nullement la vie privée de M. Morère, qui ne me regarde pas et que je n’ai aucun désir de connaître. Mais, enfin, quand on a lu ses livres, ou ses pièces, ou ses articles, il est permis de penser que, pour définir aussi bien les femmes modernes, avec tant de sûreté et de justesse, il faut qu’il ait eu l’occasion de les étudier de près… et avec un intérêt tout particulier…
Cécile mordit ses lèvres que relevait une petite moue, et, maligne, elle dit :
— Peut-être, en effet, les a-t-il consciencieusement observées. Pour être un apôtre, on n’en est pas moins un homme… Mais, dites-moi, monsieur Paul, vous qui avez longtemps habité Paris et y avez des amis, vous devez savoir bien des secrets parisiens. Est-il vrai que l’original de l’héroïne de M. Morère, dans sa dernière pièce, soit une certaine Mme de Villerson, qui est une femme du monde très en vue ? A tout instant, je lis son nom dans les comptes rendus du Figaro.
— Madame, sur ce point encore, je dois vous avouer mon ignorance. Je sais tout au plus que Mme de Villerson a la réputation d’être une femme fort belle, très intelligente, et faisant tout ce qui lui plaît avec une indifférence parfaite pour l’opinion publique.
— Elle est, en effet, très belle ! dit la voix d’Agnès un peu assourdie.
— Comment, tu la connais ?
— Je l’ai vue chez la marquise de Bitray et aussi à l’Opéra. Oui, elle est très belle et très différente des autres femmes… Il n’est pas étonnant que M. Morère s’occupe d’elle, l’admire et désire la prendre pour modèle !