En effet, dans l’entre-bâillement de la portière une élégante forme féminine se montrait ; et Agnès, avant même de l’avoir reconnue, l’avait pressentie, devinée au seul éclair passé sur les traits d’André Morère, quand il avait vu le nom écrit sur la carte. C’était elle, cette belle jeune femme qu’il admirait tant…
— Vous ! madame ? Est-il possible ! Vous !
Et Agnès eut l’intuition qu’en cette minute, dans le monde entier, il n’existait pour lui que cette blonde apparition. Il allait au-devant d’elle, tandis que le commandant surpris reculait machinalement, se confondant en saluts profonds, tandis que Mme Vésale restait immobile, la mine pincée.
Souriante, la jeune femme disait :
— Oui, moi-même ! C’est bien le moins que vos amies viennent vous entendre et vous applaudir !
Elle lui tendait la main. Il se courba très bas, y appuyant ses lèvres en un baiser qui sembla interminable à Agnès. Pourtant, la durée avait dû en être tout à fait correcte, car ni le commandant ni Mme Vésale ne paraissaient étonnés.
D’où venait donc, à cette enfant, l’impitoyable clairvoyance qui lui révélait la passion fugitive allumée dans les yeux de Morère, quand il releva la tête et que son regard rencontra celui de la jeune femme, s’y perdit une seconde, enveloppant autant qu’une étreinte ?…
Comment entendit-elle ou plutôt devina-t-elle ces mots qu’il murmurait sans même remuer ses lèvres :
— O chère, chère adorée, quelle imprudence pour vous, d’être venue !
Alors elle détourna la tête, ne voulant plus les voir, tant elle les sentait l’un à l’autre… Ainsi l’étaient ce Roméo et cette Juliette qui lui avaient révélé comme peuvent s’aimer des créatures humaines, qui lui avaient fait naître au cœur l’obscur et timide désir de connaître un peu, elle aussi, la chaude saveur de l’amour…