C’était sa mère qui la questionnait. Au hasard, elle répondit :
— Je regardais ce lis du Japon.
Machinalement, elle dit adieu à ceux qui l’entouraient ; mais pourtant, d’un geste voulu, elle tendit la main au docteur Paul pour le remercier tout bas, sentant que, plus tard, quand la blessure serait un peu cicatrisée, elle trouverait une force dans les paroles qu’il lui avait dites. Puis elle suivit sa mère.
Devant la sortie, une voiture était arrêtée et une jeune femme s’apprêtait à y monter… Elle, encore elle ! Au cocher, elle disait :
— A la gare, pour l’express de six heures vingt. J’ai le temps, n’est-ce pas ?
Le train que lui aussi prenait… Ainsi, ensemble ils allaient se retrouver. Et le poids s’abattit, plus accablant encore, sur la pauvre âme d’Agnès…
Près d’elle, dans les rues paisibles, son père et sa mère causaient, par bonheur, tout en marchant, et elle avait ainsi le droit de demeurer silencieuse, enfermant son secret en elle… Les lèvres muettes, elle songeait, très humble : « Personne ne doit rien savoir… personne !… C’est ma faute si je souffre aujourd’hui… J’ai mal fait de penser si souvent à lui !… J’ai été orgueilleuse de m’imaginer qu’il pouvait faire attention à moi… Dieu me punit, et je l’ai mérité… Oh ! que je suis lâche de ne savoir pas mieux accepter ! »
Très sincère, elle songeait toutes ces choses ; mais peu à peu, sa gorge se remplissait de sanglots, et, ardemment, elle pria dans sa détresse :
— O mon Dieu, permettez que je ne pleure pas avant d’être seule !
Sa mère, étonnée de son silence, demandait :