Il s’arrêta un peu, l’observant. Elle n’avait pas bougé. Mais, à l’expression de son visage, il vit qu’elle l’avait écouté. Et il reprit encore de la même voix profonde, toute vibrante d’une douceur contenue, qu’elle ne lui connaissait guère :
— Nous devrions vraiment, nous autres hommes, n’être pas moins vaillants que ces fleurs et ne pas nous laisser abattre quand la vie nous meurtrit un peu !…
— Oui…, ce serait très sage… Mais il est bien difficile quelquefois d’être sage !
— Moins qu’on ne croit… Il suffit souvent de vouloir, de toute sa volonté, atteindre cette sagesse, et se souvenir, devant les menus et inévitables chagrins de chaque jour, des vrais malheurs qui frappent tant de créatures…
— C’est vrai, fit-elle faiblement. Merci de me l’avoir rappelé. Ce que vous venez de me dire, personne ne devrait l’oublier…
Il ne répondit pas, et tous deux restèrent silencieux, elle, ayant peur de laisser jaillir de ses lèvres l’aveu de sa tristesse indicible ; lui, craignant qu’elle ne comprît pourquoi il lui avait ainsi parlé. D’ailleurs, Mme Vésale les rejoignait enfin, et avec elle tout le groupe ami qui la suivait.
Alors ce furent des exclamations, de banales formules admiratives sur la beauté des œillets, interrompues par l’apparition du commandant. Il arrivait exultant du triomphal succès d’André Morère, dont tout le monde lui parlait. Et, entre deux phrases laudatives, il dit à sa femme :
— Morère m’a chargé de te présenter tous ses hommages et ses adieux, puisqu’il ne pourra le faire lui-même. Il est obligé de repartir tout à l’heure, par l’express de six heures vingt, étant attendu ce soir à Paris.
Le commandant ajouta encore quelques mots. Agnès n’y prit pas garde. Tout était fini, bien fini !… Elle ne le reverrait pas… Il partait sans lui avoir fait même la charité d’un pauvre mot d’adieu… Et c’était naturel, puisqu’elle n’était rien pour lui…
— Agnès, il ne pleut plus… Nous rentrons… Viens vite. Qu’est-ce que tu regardes si fixement ?