— Si nous jouions les airs de ballet du Cid ?

Bien sûr, il voulait tout ce qu’elle voulait, et il demande à Geneviève, qui était restée pour leur tourner les pages :

— Seriez-vous assez aimable pour nous donner la partition qui est dans le petit salon ?

Geneviève s’en va avec docilité.

J’étais sans défiance, et Germaine aussi, certes ! Elle restait assise au piano, son fin profil se détachant en sombre sur la lumière des bougies.

Lui était debout auprès d’elle.

Tout à coup, d’un brusque mouvement, il se penche… et je vois… oui, je vois !… son visage effleurer les cheveux de Germaine… près, près, près… et ses lèvres se poser là où ce n’était pas du tout leur droit…

Oh ! c’est ainsi que je le dis ! comme dans les histoires.

J’étais si intéressée que mon mal de tête disparaît du coup ! Si M. d’Auberive s’était comporté de la sorte avec moi, j’aurais été capable de lui lancer les flambeaux à la tête !… Germaine se lève toute droite ; elle était très digne ; on aurait dit une reine de tragédie offensée. Mais aussi c’était bien un peu de sa faute ! Elle avait poussé à bout ce pauvre garçon en paraissant toute la journée ne pas s’apercevoir de sa présence, et puis, pour finir, en lui jouant du Mendelssohn en tête-à-tête, pendant que tous les parents regardaient la lune !… Ils auraient bien mieux fait de regarder leurs enfants !… Si jamais je suis mère de famille, je me souviendrai comme c’est naïf, les parents !

Donc, Germaine s’était levée… Et je l’entends dire à M. d’Auberive d’une petite voix basse qui cinglait comme un coup de cravache :