— Que désirez-vous, madame, que je vous fasse servir ?
— Merci, je n’ai besoin de rien… J’ai un peu mal à la tête… Ce qu’il me faudrait, c’est le repos…
Oh ! oui, elle la souhaitait, la fin de cette soirée, elle désirait, et combien ardemment, le bienfait du silence, après tout ce vain bruit autour de son âme douloureuse… Cela seul qui lui eût fait du bien, c’était la tendresse de Josette, c’était l’élan du jeune cœur qui lui laissait oublier la misère de sa solitude…
Et un soupir d’allégement lui échappa quand, sa liberté enfin reconquise, elle se vit, avec la jeune fille, dans la voiture qui les ramenait à travers la nuit, — une nuit claire pointillée d’étoiles où, dans le ciel d’un bleu froid, luisait l’argent d’un mince croissant de lune.
Ardemment, elle attendait tout bas, le mot de Josette dont elle avait soif… Mais l’enfant ne parlait pas. Adossée au coupé, blottie dans sa pelisse soyeuse, elle demeurait immobile, regardant avec de grands yeux qui rêvaient le beau ciel d’hiver. Pour la première fois peut-être, se retrouvant seule avec la jeune femme, après plusieurs heures passées parmi des étrangers, elle n’avait pas vers elle un de ces élans d’ardente affection dont, malgré les années, elle restait coutumière.
Elles étaient si près l’une de l’autre qu’elles se frôlaient, mais leurs âmes n’étaient plus une… Celle de l’enfant se faisait lointaine, devenant une âme de femme qu’éblouissait une confuse et radieuse vision d’avenir.
Et la conscience que Ghislaine en éprouvait lui était à ce point angoissante, qu’une question lui échappa :
— A quoi penses-tu silencieusement ainsi ? ma Josette.
La jeune fille eut un tressaillement. Comme réveillée soudain, elle se pencha vers Ghislaine avec un baiser qui ne dissipa point en elle la poignante sensation d’isolement, parce que, seule, sa question l’avait mis sur les lèvres de Josette… Elle répéta :
— A quoi penses-tu ? mon enfant chérie.