— Je pensais, dit lentement Josette, que jamais encore, chez grand’mère, je n’avais passé une soirée qui me parût meilleure…

Tout bas, Ghislaine murmura, d’un accent où il y avait à peine une question :

— Parce que M. de Bresles était là…

— Maman, maman, que dites-vous ?… Que croyez-vous ?…

Elle n’avait pas dit « non » ; et, Ghislaine, dans la nuit, sentait le rayonnement de son regard… De la même voix assourdie, très douce, elle continua :

— Je crois, mon enfant chérie, que, si M. de Bresles te demandait de devenir sa femme, tu ne le repousserais peut-être pas comme les autres…

Josette ne répondit pas ; puis, tout à coup, cachant son visage sur l’épaule de la jeune femme, elle dit avec des lèvres qui tremblaient :

— Ghislaine chérie, à vous seule, j’avouerai cela, parce que vous êtes une seconde moi-même… « S’il me demandait d’être sa femme, il me semblerait que c’est mon bonheur même qui vient à moi !… »

V

Quelques jours plus tard, à une messe de mariage, comme Ghislaine arrivée juste à la dernière minute pour féliciter les mariés, sortait de la sacristie et rentrait dans l’église, elle aperçut la marquise de Maulde qui, ses propres devoirs de politesse remplis, attendait le retour du cortège nuptial. A travers sa face-à-main, elle lorgnait les très élégantes invitées que déversait la sacristie dans un bruissement soyeux de robes traînantes, une senteur de poudre de riz et d’essences fines. Tout de suite, elle reconnut Ghislaine, la trouva très jolie femme, habillée avec un goût qui lui était tout personnel… Mais remarquant qu’elle était seule, sans Josette, elle eut un froncement des sourcils mécontent, et aussitôt, interrogea, nerveuse :