Oh ! ces mots ! Les mêmes que Josette avait dits parlant de Marc… A lui, ils avaient dû échapper, car il s’arrêta et, violemment, ses dents mordirent les lèvres qui n’avaient pas su demeurer closes… Sans relever ses paroles, elle finissait :
— J’ai promis à M. de Moraines que je serais une mère pour elle et, autant qu’il dépendra de moi, je la laisserai marier seulement à un homme qui pourra la rendre heureuse, comme en ma jeunesse, j’ai souhaité l’être…
Il ne répondit pas… Pourquoi ?… Que pensait-il ?… Un pli, soudain, barrait son front que les flammes du foyer mettaient en pleine lumière. Elle aussi demeura silencieuse. Le jour d’hiver se mourait autour d’eux, faisant leurs âmes recueillies… Elle pensait qu’elle devait parler, protégée par cette ombre qui empêcherait qu’il pût lire sur son visage… Mais soudain, les mots lui apparaissaient si douloureux à prononcer qu’il lui semblait que jamais elle n’aurait le courage de les dire… Une bizarre pitié l’angoissait, pour elle-même, pour la faible Ghislaine qui vivait encore en elle et qui, tout bas, se révoltait désespérément devant l’épreuve nouvelle…
Alors, elle chercha des yeux le petit portrait de Josette ; et le regard arrêté sur la chère image, elle commença lentement :
— Savez-vous ce que je rêve, mon ami…
— Ce que vous rêvez ?
— Oui… Je rêve de vous donner Josette parce que je crois que ce serait son bonheur et le vôtre…
— Me la donner… Elle ?…
Il s’était levé, une telle émotion sur son visage énergique, que Ghislaine eut l’impression qu’elle éveillait soudain en lui une vision éblouissante… Elle était certaine désormais qu’il aimait Josette, — qu’il le sût ou non…
Il répéta :