Mais ses paroles n’arrivèrent même pas aux oreilles de Marc ; debout devant elle, il tourmentait d’un doigt machinal les feuillets d’une revue posée sur une table, près de lui, et il répétait :

— Épouser cette enfant !… Mais c’est impossible…

Avec une grave douceur, elle dit :

— Si c’était impossible, je ne vous en aurais pas parlé, mon ami.

— Voulez-vous donc dire qu’elle ne me repousserait peut-être pas, si j’osais venir à elle ?…

Dans l’ombre grandissante de la pièce, elle sentait un regard qui l’interrogeait ardemment, avec une sorte de passion anxieuse où tremblait une espérance… Et elle avait encore, vibrant dans le cœur, l’aveu de Josette murmuré un soir…

Dieu ! comme lui et elle, ils allaient l’un vers l’autre, conduits par la mystérieuse attirance qui joint les âmes… Et que déjà, ils étaient loin d’elle !

D’une voix qui s’assourdissait, elle répondit, — puisqu’il le fallait :

— Je pense que Josette a pour vous une… sympathie et une… estime que je ne lui ai encore vu éprouver pour aucun des hommes qui ont souhaité l’épouser… Ce serait votre œuvre de conquérir pour toujours ce cœur que moi seule, jusqu’ici, j’ai possédé tout entier, dont vous seriez le premier amour… Personne au monde, mon ami, ne m’est cher comme cette enfant !… Certes, — je suis comme toutes les mères ! — ce sera pour moi un déchirement de la donner, car c’est mon bonheur même que je donnerai… Mais ce serait aussi ma consolation et ma force qu’elle me soit prise par vous qui saurez l’aimer, la diriger, la protéger, la comprendre comme elle mérite de l’être…

— Merci ! fit-il tout bas, bouleversé par l’accent dont elle venait de parler, qui avait quelque chose de brisé.