Une reconnaissance passionnée la bouleversait toute. Elle eût voulu être blottie déjà contre l’amie qui avait été pour elle la plus dévouée et la plus aimante des mères, pour lui dire, dans ses baisers, quelle gratitude infinie elle avait plein le cœur pour elle !…

Mais, d’abord, il lui fallait remplir bien correctement son personnage de fille du monde devant le cercle qui entourait sa grand’mère, cacher à toutes les curiosités, son allégresse délicieuse ; puis, pendant le retour vers Paris, répondre aux propos de Mme de Maulde, à ses questions imprévues, à ses réflexions… Heureusement pour elle, la marquise offrait à une amie de la ramener ; et ainsi elle allait pouvoir revenir, recueillie en son rêve ; — ce rêve qui était une réalité !

La voiture roula vers Paris. A peine, elle entendait la conversation engagée près d’elle. Avec de grandes prunelles qui songeaient, elle regardait fuir le chemin familier à sa vue ; et, tout bas, par instants, elle se prenait à se demander si elle était vraiment la même Josette qui, trois heures plus tôt, avait traversé ces avenues, suivi ces rues sans que nulle obscure divination l’avertît que l’inoubliable minute approchait… Un désir s’avivait en elle de retrouver Ghislaine, de lui tout dire…

Désir si impérieux que, aussitôt ramenée par la marquise, sans prendre même le temps de quitter ses vêtements de sortie, elle se dirigea vers la chambre de la jeune femme :

— Ghislaine, je puis entrer ?

— C’est toi ? chérie. Tu n’as pas eu froid ? Je…

En parlant, elle avait relevé sa tête inclinée vers le bureau où elle écrivait ; mais, brusquement, elle s’interrompit… Sur le visage de Josette, une telle lumière rayonnait, qu’elle eut l’intuition que Marc avait parlé…

D’un geste vif, elle repoussa les feuilles éparses devant elle. Ah ! quelle misère était l’œuvre que son imagination créait, auprès du roman qui vivait là, tout près d’elle…

— Josette, mon enfant chérie, qu’y a-t-il ?

Elle l’attirait dans ses bras, loin de la clarté de la lampe, sur le petit canapé placé dans l’ombre ; mais Josette se laissa glisser aux genoux de la jeune femme et, comme au temps où elle était petite fille, elle mit sa tête contre ce cœur qui lui avait tant donné…