— Maman, ma Ghislaine, il m’a demandé d’être sa femme… Nous sommes fiancés… Et c’est divinement bon !
Ghislaine ne répondit pas, brisée par une émotion qui, soudain, lui remplissait la gorge de sanglots… Mais ses lèvres tremblantes se posèrent sur le petit visage chéri, fermant les yeux qui, triomphalement, disaient le bonheur sans nom entré dans la jeune âme pour y effacer, en souverain, toutes les autres joies. En son souvenir, une phrase tintait, jaillie d’un passé qui s’achevait, — une phrase enfantine que Josette, petite fille, lui disait parfois :
— Maman, je voudrais ne jamais me marier pour n’aimer personne autant que vous…
Oh ! l’ironie suprême d’avoir ce souvenir quand l’âme de l’enfant mourait en Josette, à qui venait de naître une âme de femme.
Elle murmura, Josette, toujours étroitement serrée contre elle :
— Tu es heureuse ? ma bien-aimée petite.
— Oh ! oui, bien heureuse !… comme je ne pensais pas qu’on pût l’être…
Ghislaine tressaillit. Elle avait la sensation bizarre que Josette, sa Josette si tendre ! lui marchait sur le cœur… Ainsi les enfants, ivres de leur plaisir, piétinent, sans les voir, les fleurs qu’ils font mourir…
Pourtant, elle se pencha vers la tête chère, et, d’un geste qui ressemblait à une bénédiction, elle effleura d’une croix le front levé vers elle, disant très bas :
— Sois heureuse longtemps, toujours, ma Josette. Que Dieu te donne la part de bonheur humain qu’il ne m’a pas accordée… Qu’il te récompense de ce que tu as été pour moi depuis des années…