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Ce soir-là, Ghislaine se décida à descendre dans le salon, seulement quand le coup de cloche du dîner l’eut avertie qu’il ne lui était absolument plus permis de se renfermer dans sa solitude.
Les premiers invités attendus à Jouventeuil étaient arrivés. Elle avait, de sa chambre, entendu le bruit des voitures les ramenant de la gare, puis les exclamations de l’arrivée et la voix un peu haute de Mme de Maulde souhaitant la bienvenue à ses hôtes ; ensuite, dans les galeries, dans le vestibule, des frôlements de robes soyeuses, un joyeux éclat de paroles, une résonance de voix féminines et masculines, et, parmi celles-là, elle en avait vite discerné une, d’une sonorité pleine et métallique, un peu impérieuse… Une impatience, aussitôt, l’avait secouée contre elle-même, d’avoir si aisément reconnu la voix de Marc de Bresles.
Alors, elle s’était appliquée, avec sa hautaine volonté, à s’absorber dans le travail littéraire qui occupait tous ses loisirs. Ensuite, Josette était venue la retrouver et sa présence, d’où émanait comme un parfum de tendresse, avait chassé de la pensée de Ghislaine aussi bien le souvenir de sa conversation un peu étrange avec M. de Moraines, que de l’arrivée de Marc de Bresles.
— Le dîner est annoncé, est-ce que vous ne descendez pas, Laine chérie ? dit Josette, entr’ouvrant un peu la porte de la chambre.
Ghislaine qui, pensive, considérait le jeu des flammes dans la cheminée, se détourna et sourit à la fillette.
— Si, ma Josette, je descends tout de suite, j’étais un peu en retard, je viens de finir seulement de m’habiller.
Josette ne répondit pas, ses grands yeux contemplaient ardemment Ghislaine, avec une sorte d’admiration fervente.
— Qu’y a-t-il ? chérie. Pourquoi me regardez-vous ainsi ?
— Parce qu’il me semble que vous êtes, ce soir, plus jolie encore que d’ordinaire. Vous êtes toute rose et vos yeux sont si brillants ! Toutes ces dames vont, en leur cœur, bondir de jalousie et votre petite fille, maman, sera fière de vous ! fière ! fière !