Elle eut ce sourire qu’elle n’accordait jamais à un indifférent, et répéta avec une sincérité profonde d’accent :

— Oui, parmi les meilleurs, les plus vrais, tellement que je compterai encore sur vous, il me semble, quand vous serez loin…

— Quand je serai loin !… Ah ! ne me parlez pas de mon départ !

Des yeux et des lèvres, elle demanda, surprise :

— Pourquoi ?

— Parce qu’il me rend lâche ! Par moments, du moins… Cette idée que, dans quelques mois à peine, je serai loin, seul, pour des années, sans doute, me semble tout à coup si monstrueuse que la tentation me saisit… — et une tentation à laquelle je ne suis pas encore sûr de résister jusqu’au bout ! — de renoncer à ce poste !

— Qui vous plaisait beaucoup, cependant…

— Oui, l’hiver dernier ; même, il y a quelques mois encore, parce que…

Il s’arrêta imperceptiblement, le front soudain barré d’un pli volontaire.

— … Parce que je n’entrevoyais pas ma vie autre qu’elle n’est et ne doit être… Maintenant, je n’ai plus cette parfaite sagesse… Ne me jugez pas trop mal, mais aux heures mauvaises, — vous savez, celles où la soif des bonheurs impossibles vous rend misérablement faible, — le regret me broie de n’avoir pas la fortune qui donne la liberté… Ah ! la liberté de faire sa vie telle qu’on la rêve !…