M. Morin se portait mieux que vous et moi, mais il ne cessait pas de se plaindre. Chez lui, le moindre malaise était élevé à la dignité de maladie à peu près incurable.
— Ah ? C’est pas possible ? dit le vieux. C’est pas possible que monsieur Morin soit malade ?
En vieux misérable, il s’oubliait lui-même pour ne plus songer qu’à ce richard qui avait autrement d’importance, pensait-il, que lui.
A midi, il grignota deux bouchées de pain et de fromage. Puis, il fallut qu’il se sentît bien mal pour défaire le lit, pour se coucher à cette heure. C’était justement pendant une période où la Bancale travaillait dehors. Il essaya bien de fermer les yeux pour s’endormir, mais, le sommeil ne venant pas, il regardait la maison qui, vue du lit, semblait toute changée. Pour la première fois de sa vie, il était couché bien avant qu’il ne fît nuit.
La mère Panainnin, qui lavait, vint voir, vers une heure, comment ça allait. Elle fut bouleversée quand elle aperçut, avant même que d’entrer, le lit défait. Elle se précipita :
— Mais enfin, quoi qu’t’as donc ?
Il bougonna :
— C’est toujours la même chose que ce matin. J’ai froid aux pieds. Mets-moi quelque chose de lourd dessus.
— Si j’allais chercher le médecin ? dit-elle.
A cela encore, il ne répondit pas. Il se tourna du côté du mur. Aller chercher le médecin, pour payer une visite trois francs ? Il faut toute une journée d’été pour gagner trois francs. Et on irait les donner à un médecin qui n’a que la peine d’entrer chez vous, de vous regarder cinq minutes, et d’écrire sur un bout de papier des mots qu’on ne peut même pas lire ? Puis, c’est le pharmacien qui vous vend très cher des denrées qui ne valent pas une livre de bon pain blanc. Elle ne tenait pas non plus à aller chercher le médecin, mais elle ne retourna point laver. Elle avait peur. Il s’agitait dans le lit.