— Je vais toujours te faire du tilleul, dit-elle.

Le tilleul est le thé des pauvres. Il y a, dans toutes les petites villes, de ces braves arbres, trapus, solides, noueux comme des paysans, et qui ne demandent pas mieux que de donner pour rien leurs petites fleurs qui sentent bon, et qui peuvent guérir des maladies.

L’infusion le réchauffa, le ranima un peu. Le petit jour vint. On vit, à travers les carreaux, sa figure grise, blafarde. On avait plus froid rien qu’à le regarder, rien qu’à voir, devant soi, les champs couverts de gelée, et les branches des arbres, depuis longtemps dépouillées de leurs feuilles, couvertes de glace. Mais Panainnin ne pouvait déjà plus rester immobile. Il dit :

— Maintenant, ça va tout-à-fait bien. Je vais aller scier du bois chez M. Morin.

Et il partit.

C’était dans une cave humide, sombre, où l’on ne pouvait travailler qu’avec une bougie allumée dans une lanterne. Il scia, de huit heures à midi. Il scia, sans penser à rien, la tête de plus en plus lourde. Machinalement, ses deux bras poussaient et ramenaient la scie parce que, depuis des années, ils en avaient l’habitude. La sciure, de chaque côté du chevalet, s’accumulait en deux tas inégaux. M. Morin était un petit rentier qui avait toujours fait travailler le père Panainnin. Vers dix heures, en pantoufles, il vint le voir.

— Eh bien, vieux, comment ça va-t-il ce matin ?

— Ma foi, Monsieur Morin, comme ci comme ça ! Je me sens tout drôle depuis que je suis levé.

M. Morin n’attacha point d’importance à ce que disait le père Panainnin. Ces vieux-là ne peuvent pas être malades. Ils sont solides comme des rochers, et il faut un fameux coup de mine pour les ébranler, pour les faire sauter. Il répliqua :

— Dame, ce temps-là n’est sain pour personne. Moi, je ne vais pas fort non plus.