Personne, pour ainsi dire, ne s’y attendait, le père Panainnin pas plus que les autres. Ce matin-là de Décembre, il se leva la tête vide, et pourtant si lourde, qu’elle l’entraîna, qu’il chancela, qu’il serait tombé, s’il ne s’était rattrapé au bois de lit. La mère Panainnin dormait encore. Mais lui, bien qu’il n’allât plus au bois à cause du mauvais temps, du froid et de la neige que l’on attendait d’un moment à l’autre, il ne pouvait, après cinq heures du matin, rester couché. Il alluma le feu, comme d’habitude ; seulement, au lieu d’ouvrir la porte et d’aller dans la cour ou dans la cave où il y a toujours à bricoler, il s’assit près de la cheminée, et se soutint la tête avec les mains. Il y sentait des tourbillons, comme si tout le vent d’hiver y était entré ; il avait froid, comme si ses veines eussent été pleines, au lieu de sang, de grésil, de neige fondue. Il se disait :

— C’est drôle, tout le même ! Jamais, depuis que le monde est monde, je ne me suis senti comme ça ! Qu’est-ce qui va m’arriver ?

Ensuite, il réfléchissait :

— Oh ! ça ne sera rien ! Au petit jour, ça sera passé.

Il grelottait. La maison, comme tous les autres matins d’hiver, était glaciale, mais d’habitude il n’y faisait pas attention. Il eût voulu, pour se réchauffer aujourd’hui, s’asseoir au milieu du feu. Quand la mère Panainnin se réveilla, ce fut pour être toute surprise de le voir là, immobile. Elle lui dit :

— Quoi que t’as donc, que tu restes comme ça au coin du feu ?

Il murmura, d’une voix un peu changée déjà :

— Je me sens tout drôle. Ça ne va pas. C’est comme si j’avais du vent dans la tête. Mais ça passera.

— Si tu te recouchais ?

Il ne répondit même pas : jamais la lumière du jour ne l’avait trouvé au lit. Ce n’est pas aujourd’hui que cela commencera.