La mère Panainnin répétait :
— Jamais j’aurais cru qu’il parte si vite que ça, non, jamais ! J’ai pas même eu le temps de retourner l’oreiller !… C’est pas possible qu’il soit mort ! A chaque instant, je me dis : Je vais le voir !
Et l’on écoutait, aux approches du crépuscule, si, dans la ruelle, de vieux sabots ne résonnaient pas sur le sol glacé.
Des gens venaient exprès, ou entraient en passant.
— Qu’est-ce que vous voulez ! Il faut se faire une raison ! Je sais bien que c’est plus dur quand on ne s’y attendait pas. Ainsi, moi, quand ma femme est morte…
C’étaient presque tous des vieux, de plus vieux encore que le père Panainnin, qui venaient ainsi ressusciter leurs souvenirs à eux, en parlant de leurs morts. C’était comme si toute la maison eût été envahie par les fantômes, par les spectres… Ah ! Ils ne se contentaient plus, comme aux soirs de l’enfance, de coller leurs visages aux vitres ! Ils entraient. Ils étaient ici chez eux, dans la maison d’un mort. La Bancale, épouvantée, fermait les yeux. L’ombre du soir était plus noire que la nuit du tombeau !
La mère Panainnin, hochant la tête, tirait son mouchoir, et s’essuyait les yeux. Du bout des lourdes pincettes, machinalement, elle remuait les tisons. Elle ne parlait pas d’Augustine. Elle ne voulait pas en parler. Mais elle embrassait souvent Marie-Louise.
On disait encore :
— Au moins, il n’a pas souffert longtemps. Qu’est-ce que vous auriez fait, s’il était resté couché des mois et des mois ?