— C’est bien de votre faute. Si vous n’aviez pas tant bu !…
Elle regimba. Leuthreau ne voulut rien entendre. Elle partit. Il en est du crédit comme des cent cinquante francs : il ne dure pas toujours. Les commerçants, à la fin des fins, se fâchent.
Le dernier jour du mois de Juin, Leuthreau mit quinze francs dans la main de la Bancale. La nuit était tiède, pleine de grillons, claire d’étoiles. Il lui dit des mots qui se suivaient en phrases, et qu’elle écoutait, bouleversée. C’était comme si un soleil se fût levé en elle, qui portait la lumière dans les moindres coins de sa vie. Leuthreau ne put l’empêcher de partir.
Elle n’eut pas peur, ce soir-là, des gens qui étaient assis sur le pas de leurs portes : ils pouvaient la regarder une fois de plus. D’ailleurs, quand ils voyaient que c’était elle, on aurait dit qu’ils s’arrêtaient de rire, qu’ils se mettaient à parler à voix basse, à chuchoter. Elle arriva dans la chambre où vivait d’habitude sa mère : il n’y avait personne. La porte était grande ouverte, comme pour donner aux vieux meubles le temps de s’en aller, eux aussi, avant la saisie, avant demain. Elle appela :
— Maman ! Maman !
Aucune voix ne lui répondit. Elle posa ses quinze francs sur le coin de la cheminée.
Puis elle prit par le petit sentier entre les jardins. Elle passa sous le mur du cimetière. Des plantes, qui poussaient entre les pierres, faisaient de petites ombres à la clarté de la lune, longues, ténues comme des lézards qu’aucun bruit ne dérange, qui sont bien habitués à la vie des cimetières, à la vie des morts.
Elle descendit plus bas que le châtaignier.
Elle était à l’âge où les jeunes filles disent, comme sa sœur Augustine l’avait dit le soir de la première communion :
— Je suis allée faire un tour du côté de la cascade.