— Je n’en ferai jamais d’autres ! songea-t-il. Ce n’est pas moi qui arriverai en retard à un rendez-vous.
Il marcha lentement. Mais ce trajet qui lorsqu’il avait peur d’être en retard lui paraissait interminable, s’était prodigieusement raccourci. En très peu de minutes il fut au coin de la rue Pavée. Par acquit de conscience il leva les yeux vers la fenêtre du premier étage où Lucie lui avait dit qu’elle se tiendrait. Si elle avait été elle aussi en avance ? Mais non. Il erra en regardant sa montre. Les aiguilles n’avançaient plus. Tout à l’heure elles avaient marché trop vite : maintenant elles se reposaient. A deux heures précises on le revit rue Pavée. Il tressaillit. Cette fois elle était à la fenêtre, accoudée à la barre d’appui son chapeau déjà mis. Elle lui fit signe de continuer vers la rue Saint-Antoine. Elle le rejoignit un peu essoufflée.
— Dieu ! s’écria-t-elle, que je suis étourdie ! J’ai oublié mon porte-monnaie. Je retourne.
Vaneau eut un geste dédaigneux qui signifiait :
— De quoi vous occupez-vous jeune fille de peu de foi ?
Il lui serra une de ses mains qu’elle avait moite. Il dit :
— Je ne comptais plus sur vous. Mais je n’ai pas cessé d’y penser. J’ai eu bien des heures d’insomnie.
Elle était plus jolie encore que pendant cette nuit mémorable. C’est aujourd’hui que Vaneau s’il l’avait pu se serait jeté à ses genoux tant elle était son vivant idéal. Elle lui répondit en riant :
— Vous êtes exigeant. D’abord je suis restée à Voutenay plus longtemps que je ne pensais, et depuis mon retour je n’ai pas pu m’échapper une minute. Ma belle-mère…
Vaneau l’interrogea du regard.