— Ce sera comme vous voudrez. Cela ne me gêne pas.
Par des rues tortueuses qui semblaient hésiter sur le chemin qu’elles avaient à suivre parmi des groupes d’hommes et de femmes, ils s’en allèrent. Pour la première fois il se trouvait seul avec Sidonie. Presque tout de suite il eut l’idée de lui demander :
— Mais votre ami vous attend peut-être ?
— Oh ! non, dit-elle. Soyez tranquille.
L’ami de Sidonie ! Que de fois depuis quelque temps il en avait été question ! Lucie ne tarissait pas d’éloges sur son compte et, chose étrange, Sidonie n’en parlait jamais. C’était un jeune homme de famille riche dont les poches n’étaient jamais dépourvues d’or. Avec lui Sidonie n’avait pas le temps de s’ennuyer. Elle connaissait les nuits que l’on passe dans la lumière, les parfums, la musique, et les dimanches où la banlieue tout entière offre ses guinguettes comme des paradis terrestres et ses cabinets particuliers comme autant de nids délicieux. Lucie disait :
— Sidonie ? Mais il y a beau temps qu’elle aurait pu lâcher l’atelier ! Seulement ça la distrait de venir travailler. Ah ! si j’étais à sa place !…
Pour qu’elle y fût que Vaneau n’eût-il pas donné ! Quand elle parlait de l’ami de Sidonie il se faisait petit, il eût voulu rentrer sous terre. Il songeait :
— Elle doit commencer à trouver que mon talent tarde à se manifester et que je mets de l’obstination à ne pas m’enrichir !
Il ne se disait pas qu’elle avait pu se fatiguer surtout de l’amoureux sentimental qu’il ne pouvait cesser d’être.
Il ne put se retenir de soupirer et dit :