Verrière à six heures du soir descendait lentement la rue de Clichy que Jeanne allait suivre en sens inverse. Il ne pouvait manquer de la rencontrer. Elle fut étonnée de le voir là qui la saluait d’un grand coup de chapeau.

— Bonjour, madame ! lui dit-il. Comment allez-vous depuis l’autre dimanche ?

— Mais n’aviez-vous pas donné rendez-vous à Louis pour ce soir ? dit-elle.

Il ne sut d’abord que répondre. Cette petite jolie femme, avait-il pensé, doit s’ennuyer à mourir avec ce grand garçon bébête qui est son mari. Elle doit rêver, désirer mieux. Elle sera enchantée de me voir sans lui. Mais il se reprit vite, se frappa le front :

— Ah ! Je serai toujours le même ! J’ai de ces distractions inconcevables ! Oui ! Oui ! Je me rappelle maintenant. Il doit m’attendre. Mais permettez-moi de faire la moitié du chemin avec vous jusqu’à la place Clichy.

Il essaya de l’étourdir, de l’éblouir. Elle l’écoutait, les lèvres serrées, défiante, le laissant parler. Elle ne souriait pas. Il fut obligé de la laisser seule poursuivre son chemin. Il la vit traverser la place Clichy. Elle ne se retourna point. Il fit signe à un cocher, lui jeta l’adresse d’une taverne du Quartier.

A sept heures et demie Vaneau rentra.

— Je n’y comprends rien ! dit-il. Je n’ai pas vu Verrière. Je l’ai attendu plus d’une heure. On a dû le retenir quelque part. Mais il m’enverra un mot.

Jeanne dit seulement :

— Tu crois ? C’est un farceur.