— Je prendrai, répondit Verrière, un verre d’eau.

Peu à peu cependant il s’humanisa. Il regardait Jeanne qui n’avait pas l’air de s’amuser beaucoup et lui posa des questions. Vaneau vit qu’elle lui plaisait. Il en fut heureux : il avait redouté que Verrière la trouvât laide ou commune.

— Je jurerais, dit Verrière, que vous n’avez jamais dîné dans une brasserie, au Quartier ?

Ils durent avouer que non.

— Eh bien, venez donc me prendre chez moi dimanche prochain à cinq heures. Nous irons ensemble.

C’était une invitation en règle et faite très délicatement. Vaneau en était si confus, si touché, qu’il ne savait comment accepter.

Il admira Verrière de parler avec cette désinvolture au gérant, au garçon. Tout le temps que dura le dîner ils furent tous les trois très gais.

Jeanne s’était trompée sur le compte de Verrière. Elle s’était faite belle aujourd’hui. Vaneau l’avait voulu. Verrière s’intéressait à tous les détails de leur vie, il apprit à quelle heure ils entraient au bureau, à quelle heure ils en sortaient, parfois ensemble, souvent Jeanne la première. Elle remontait à la maison à pied tous les soirs quelque temps qu’il fît par la rue de Clichy.

— Je vous écrirai prochainement, dit-il à Vaneau quand ils se quittèrent. J’ai quelque chose en vue pour vous dans un journal.

La lettre arriva dix jours après. Il attendrait Vaneau demain soir à six heures et quart chez lui. On prendrait une voiture. Vaneau se hâta, six heures sonnées, prit ses jambes à son cou. Il sonna. Personne ne vint lui ouvrir. Il attendit jusqu’à sept heures dans la rue. Peut-être Verrière avait-il été retenu au dernier moment ? Il allait arriver d’une minute à l’autre.