Tu étais riche de mérites, et tu t’en disais pauvre. Tu étais fort, et tu t’estimais faible.

Tu priais sans cesse, et tu trouvais que tu ne priais jamais assez.

Tu ne tenais pas à te reposer, mais tu te reposais le dimanche en travaillant pour Dieu. Tu ne doutais pas qu’il ne dût te tenir ses promesses, mais tu doutais que tu eusses assez fait pour en être digne.

Te priver des fêtes des hommes ? Il ne t’en coûtait pas, mais tu ne manquais pas de sanctifier les fêtes religieuses.

Tu ne tenais pas à connaître les joies de la terre, mais tu voulais avoir la joie de te sentir en règle avec le ciel.

Tu aimais le ramage des oiseaux, mais comme saint François d’Assise de la confrérie duquel tu faisais partie : parce qu’ils chantent les louanges de Dieu.

Tu faisais fi des joies extérieures, mais tu recherchais celles qui viennent de l’âme.

Ta vie, regardée du dehors, peut paraître grise : vue du dedans, elle est claire, brillante, pareille, dans sa sérénité, à ce solide rocher de granit couronné de bruyère rose, mais sur lequel se brise l’inutile et voluptueux clair de lune.

CEUX QUI RESTENT

Dès les premières rafales de septembre, lorsque le vent pousse par paquets la pluie contre les portes et, comme elles joignent mal d’en bas, jusque dans les maisons, les volets se ferment au crépuscule, les premiers feux s’allument, les lampes luisent. Alors ils commencent à clouer aux fenêtres, qu’ils n’ouvriront plus guère, des bourrelets de laine ; ils posent des nattes de paille dans la cabane des poules pour qu’elles aient moins froid.