Autrefois il y avait plus de piété qu’aujourd’hui, sous leur sale République !

Nous sommes arrivés ici en 78 : ça fait vingt-six ans ! Nous n’en avons jamais bougé, et nous ne nous en portons pas plus mal. Nous prenons La Croix tous les dimanches, de moitié avec M. Félon : ça nous représente vingt-six sous de dépensés dans une année pour les journaux. Et on en apprend encore trop sur toutes les horreurs qui se passent à présent.

Il y a déjà longtemps qu’il est question de renvoyer les chères sœurs qui ne font cependant que du bien. Et vous verrez que ça finira par arriver. Je me demande ce que les malades de l’hospice vont devenir quand elles n’y seront plus : est-ce que c’est des femmes ordinaires qui pourront les soigner comme elles les soignaient ?

Tous les dimanches elles conduisent leurs élèves à la grand’messe. Elles ont droit dans l’église à une chapelle spéciale, celle de Saint-Joseph, de même que les élèves des chers frères se tiennent dans la chapelle de la Sainte Vierge. C’est ainsi depuis que le monde est monde. Filles et garçons ont une tenue exemplaire. Pas un ne bronche. Il ferait beau voir qu’ils s’avisent de chuchoter, de rire, pendant que M. le Curé, qui prêche si bien, est en chaire ! On remarque aussi que les élèves de l’institutrice et de l’instituteur qui sont, les unes derrière le chœur, les autres à l’extrémité de la grande nef, ne se tiennent pas bien : personne ne les empêche de causer. L’institutrice n’a même pas de paroissien pour suivre la sainte messe ; tout le temps que dure la cérémonie l’instituteur se promène, mains croisées derrière le dos. Quels principes voulez-vous qu’aient des enfants à qui l’on n’enseigne le respect ni de Dieu ni de sa demeure ? Tous pourtant vont au catéchisme et font leur première communion, mais il semble bien que Dieu réserve ses plus grandes faveurs aux enfants des écoles libres. Car les élèves de l’instituteur se débauchent dès l’âge le plus tendre. La nuit ils cassent à coups de pierres les vitres des maisons, et n’ont-ils pas l’audace criminelle de jeter des poignées de sable contre les vitraux de l’église pendant les prières du carême, et d’essayer de démolir la grande porte à coups de sabots ? Quant aux filles de chez l’institutrice, il vaut mieux ne pas en parler.


Les maisons de la grand’rue et de la place sont soudées les unes aux autres. Leurs cours sont étroites. Ceux qui les habitent en sont flattés. Ils disent :

— Vous avez de la chance, vous, de pouvoir élever des lapins et tenir des poules. Nous, vous comprenez, il ne faut même pas que nous y pensions.

Ce sont de véritables citadins qui, le dimanche, vont boire du lait dans des fermes,… très loin,… à la campagne,… à cinq cents mètres de la petite ville. Mais c’est qu’ils vivent, selon eux, dans une vraie ville où ils finiraient par dépérir s’ils ne sortaient respirer l’air pur à pleins poumons dans les bois, sur les routes.


II n’y a pas que la grand’rue, ni que la place. Avez-vous vu ces ruelles qui ne sont pas toujours propres, et qu’il faut connaître pour ne point se casser le nez contre la grille d’un jardin ou la barrière d’un champ ? Avez-vous vu ces chemins qui ne sont pas tous bien tracés, et qui vont se perdre Dieu sait dans quels bois où il faut avoir bon pied et bon œil pour les suivre ?